QUELLE EST LA VRAIE COULEUR CAFÉ DE GAINSBOURG ?
V
EXPRESSO// ☕
Légère et chaloupée, Couleur café cache tout l’art gainsbourien : un mélange de sensualité, de provocation, de jeux de mots et de rythmes venus d’ailleurs. Le refrain entêtant oscille entre hommage et appropriation, fascination et distance.
ALLONGE// 🧋
Sortie en 1964 sur l’album Gainsbourg Percussions, Couleur café est une déclaration d’amour en forme de métaphore olfactive et chromatique. La “couleur café” désigne la peau, les cheveux, les yeux d’une femme, mais aussi un parfum, une ambiance, une chaleur. Musicalement, Gainsbourg explore les percussions africaines, s’inspirant de rythmes yorubas et de sonorités latin-jazz du disque Drums of Passion de Babatunde Olatunji, une 1ère en France. Derrière la légèreté apparente, l’artiste tisse une œuvre sensuelle et audacieuse, entre poésie et exotisme pop.
LATTE// 🍵
Qui dit Gainsbourg dit controverse et provocation.
UNE (TROP GRANDE ?) INFLUENCE AFRICAINE
En 1964, Gainsbourg cherche à se renouveler face à la vague “yéyé”. Il veut séduire un public plus jeune en explorant une nouvelle direction musicale, inspirée par les percussions africaines. Il voit dans “l’africanisation” une modernité rythmique nouvelle, un moyen de rompre avec la chanson française mélodique.
La frontière est fine entre inspiration et appropriation, hommage ou plagiat. Malgré une évidente influence des percussions africaines, notamment de l’album culte Drums of Passion (1959), il ne crédite pas Olatunji. Certains y voient aujourd’hui, un geste “d’appropriation culturelle” avant l’heure ; d’autres, une preuve de curiosité artistique sincère.
DE “L’EXOTISME” : UN TERME QUI N’A PLUS LA MÊME COULEUR
Sensuelles, poétiques, les paroles de Gainsbourg jouent sur les sens et les mots : la couleur, l’odeur, la musique du corps…”Ta gorge dorée aux colliers sonores…”. Des paroles teintées du regard d’un homme blanc sur une femme perçue comme “exotique”
Le clip, qui renforce les clichés coloniaux, ne passerait plus du tout aujourd’hui. L’ambiguïté faisait sans doute partie du charme, du moins de son héritage. Derrière l’hommage se cache une vision fantasmée de “l’Afrique naturelle et sensuelle”.
L’ESPRIT GAINSBOURG TOUT EN PROVOC
Couleur café n’est pas qu’une chanson d’amour. C’est un manifeste rythmique : la langue française devient percussive. Gainsbourg ose un métissage musical encore rare dans la chanson hexagonale de l’époque.
Il joue, flirte, provoque… et laisse un morceau qui sent la liberté.
À sa sortie, Gainsbourg Percussions est un échec commercial. Ce n’est que bien plus tard, dans les années 1980, que le disque est redécouvert — et que Columbia réclame des droits pour les artistes plagiés.
Le regard qu’on peut avoir de cette chanson balance entre la curiosité artistique et la forme d’hommage face au manque d’éthique musicale de l’époque. Il salue aussi l’influence durable d’Olatunji, pionnier du dialogue entre rythmes africains et jazz américain.
TOPPING // 🍪
En studio, Gainsbourg aurait demandé aux choristes de rire et de crier comme dans un “marché africain”. L’ambiance était euphorique. À la fin de la session, il aurait lâché : “C’est la première fois que la batterie a plus de choses à dire que moi.” Du pur Gainsbourg.
BARISTA // 👨🏻🍳
Mieux appréhender l’expérimentation rythmique, l’influence africaine aux emprunts non crédités, l’appropriation culturelle et un certain exotisme colonial → ICI
Trinquer au Gains’BAR, le café face à la Maison de la rue de Verneuil où le chanteur vécut 22 ans (récemment ouverte au public à l’initiative de sa fille Charlotte). → ICI
Découvrir la magnifique reprise de Cephaz, un jeune chanteur ghanéen, amoureux de la langue française. La vingtaine, trois exils au compteur, les dents du bonheur et un chant vibrant. → ICI
Prendre un shot de kiff avec la reprise des frères Brothers : quatre frangins issus de la scène théâtrale et musicale girondine qui jouent de leurs voix à en oublier qu’il n’y a pas d’instruments. → ICI
Trouver sa propre couleur pour jouer les notes caféinées du chef-d’œuvre gainsbourien. Partoche pas cher → ICI

